La créativité s'alimente bien en amont, par l'observation,
la réflexion et la connaissance de soi.
L'intérêt est le sentiment de curiosité à l'égard de quelque
chose, l'agrément qu'on y prend. Si vous observez quels champs
des arts graphiques retiennent votre attention, vous constatez
que vous êtes attirés par le design, la mode, la littérature,
la communication, l'art, l'histoire, le commentaire, le savoir-faire
ou la technique... Cet intérêt nourri et inspire directement votre
production dans un sens ou un autre.
Si vous n'arrivez pas à un niveau de réalisation satisfaisant selon
vous, il y a sans doute un décalage entre ce qui vous passionne
au quotidien (par exemple l'histoire de la typo...) et ce que vous
admirez par dessus tout (le design, l'usage innovant de la typo).
En observant votre inclination, votre penchant naturel, vous
comprennez mieux votre approche du graphisme, et ses
conséquences logiques sur votre travail.
Cette jeune graphiste, Alizée Vallade, a su identifier son univers
personnel : "... mes inspirations représentent tout ce qui m'entoure
et tout ce qui peut éveiller ma curiosité naturelle. Pour figer de telles
images, des moyens simples comme le dessin et la photographie."
alizeevallade-designer.com
L'analyse ou la reproduction d'exemples admirables
permettent au graphiste de comprendre et de s'approprier
une démarche ou le geste d'un auteur (à l'instar du copiste
en peinture). La compréhension du graphiste est achevée
quand il arrive à mettre des mots clairs sur cette démarche.
L'archivage et le classement de sources
d'inspiration servent
au graphiste de « boîte à outils » pour ses futurs projets.
L'intention est la philosophie de travail. Les artistes
reconnus font des choix clairs. Leur travail est porté par
un courant de pensée (fonctionnalisme, post-modernisme,
déconstruction, punk... )
Pouvez-vous résumer votre démarche, votre vision du métier
et citer vos références ? En quoi votre approche du métier
(par exemple la réponse fidèle à une commande) diffère-t-elle
de celle d'autres créatifs (le renversement du brief) ? Cela
dépend évidemment du caractère du graphiste, chacun devant
s'accepter et trouver sa voie en conséquence. En clarifiant
votre intention, cherchez aussi la part de plaisir quotidien
indispensable à ce travail, plutôt que de suivre un idéal de
réussite qui ne vous correspond pas dans le fond.

Annie Leibovitz s'attachait à trouver des "idées toutes simples" ,
comme ici "une Noire qui sort d'un monde de Blancs".
Avoir quelque chose à dire est le pré-requis de l'acte
artistique, dit-on. On peut, plus prosaïquement, penser
amener quelque chose de différent, de meilleur ou de plus
personnel, dans tel ou tel domaine du graphisme. Cela vous
aide à diriger vos efforts vers des projets où votre apport fera
une vraie différence.
Sur Etapes.com, l'injonction de Neville Brody à se recentrer
sur soi, sur l'émotion, la narration, l'engagement, l'objectif.
Une quête du sens, au moment ou Flickr atteint les 4 milliards
d'images stockées...
La culture suscite l'intérêt et éclaire l'intention. Une
meilleure connaissance de l'histoire et du présent affine
la perception et guide les choix. La transposition d'éléments
connus d'un domaine à l'autre est la base de la créativité.
Avez-vous quelques références culturelles (livres, articles)
pour inspirer votre démarche personnelle ?

Design & Typo, le célèbre blog de Peter Gabor contient des analyses
de référence qui décodent les courants graphiques. Un "classique"
de la culture sous forme virtuelle.
L'outil n'est pas une fin en soi, diront certains. Mais le bon
sens oblige à faire avec l'outil ou les talents que l'on maîtrise.
Beaucoup d'artistes ont ouvert un vaste potentiel à partir d'un
seul médium. D'autres ont su accepter et contourner leurs propres
limites. Par exemple, Pierre Faucheux ne se sentait pas les
compétences d'un illustrateur, mais du coup il tirait parti de
la moindre bribe d'iconographie déjà existante à sa disposition.
Avez-vous recensé des exemples variés d'expression, à partir
du même outil que le votre ?
Tenir un carnet de notes ou de croquis, une chemise de
coupures de presse ou un blog, fait avancer votre réflexion
et enrichit votre réservoir d'idées personnelles. Là encore, il
reflète vos inclinations, et peu importe si son contenu est plus
théorique ou plus pratique, du moment que vous en tirez parti
pour mieux travailler.
Paru dans AdmirableDesign.com, un extrait
d'un des nombreux
carnets de Dora Maltz. La banalité du sujet n'a pas rebuté la designer
qui en tire une composition originale qui joue avec la gouttière .
L'expérimentation est la part d'aléatoire, qui seule peut
déboucher sur des voies nouvelles. D'une manière générale,
elle permet de développer tel ou tel aspect singulier de votre
approche, d'élargir son horizon. Souvent écartée car non
productive, elle est malgré tout intégrable en phase de recherche
de vos projets. Expérimenter signifie être relativement détaché
et détendu. Êtes-vous assez confiant pour perdre un peu de temps ?
L'ouverture d'esprit, le détachement, la liberté de pensée,
sont l'oxygène du créatif. Pour exemple, les étudiants du RCA
de Londres font au tout début de leur cursus un passage obligé :
un premier projet dont la consigne est : « lâchez-vous ! ».

La manière de peindre de Jackson
Pollock nie tout contrôle.
Arriver à une maturité graphique n'est donc pas le fruit
du hasard. Celle-ci est le fertilisant de vos futurs projets.
Vous pouvez déjà réaliser une planche conceptuelle d'après
les éléments ci-dessus, en y intégrant tout ce qui peut vous
résumer et vous connecter profondément à vous même.
Cela vous donnera des repères personnels pour naviguer
dans le vaste espace du graphisme.
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